Continent chagrin : un roman sur une enfance antillaise à Paris, roman poétique et symbolique, un roman d'amour et de magie.
    "Un roman exceptionnel, vertigineux même" (Michel Déon, de l'Académie française)
    Bernard Raquin : romans et contes philosophiques, humour, rire, spiritualité, pnl, analyse transactionnelle, auto-hypnose ericksonnienne, styles de personnalité, développer et améliorer l'humour, améliorer le rire chaque jour, démanipulation, cure total Détox détoxication de l'organisme...

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CONTINENT CHAGRIN

Roman de Bernard Raquin


Chapitre 1

Soudain, il n’y a plus de temps. Ou du moins, s’il en reste, il n’est plus aussi majestueux qu’avant, lorsqu’une éternité s’écoulait entre la saison des pluies, l’hivernage avec ses cyclones et ses raz de marée, les jours de chaleur percés de gros orages alternant avec de la bruine et du crachin. C’est à cause de cette disparition, de cet effacement, qu’on n’a plus le temps de rien faire.

Je ne parle pas du climat, on s’en doute, qui, lui, a de nombreuses raisons de se transformer, qui a horreur de la répétition sauf au pôle Nord et au pôle Sud. Qui s’adoucit au printemps et rend le rire léger, mais qui parfois fait pleuvoir quand on n’a pas le cœur à ça et que la terre est trop lourde à porter.
Non, je parle du temps, le vrai temps, celui qui s’étire quand on bâille, qui se transforme en serpent mille-pattes quand on regarde trop la vieille horloge de la cuisine avec ses aiguilles hésitant à passer d’une minute à l’autre, comme un chat au bord d’une rivière poursuivi par le feu. Ce temps, qui frétille quand on saute à la corde et devient arc-en-ciel quand Câline se colle contre moi et murmure qu’elle m’aime plus qu’un dix tonnes de Toblerone, et qu’elle restera toujours près de moi. Bien sûr, je ne la crois qu’à moitié, parce que les jeunes filles de maintenant aiment dire des choses gentilles qu’elles oublient la seconde qui suit. Mais il est si agréable de croire, ne serait-ce qu’à l’athéisme !

J’aurais aimé ça, pêcher le temps. Une fois, le long de la Seine, j’ai vu deux vieux messieurs avec une casquette, qui tendaient leurs cannes au-dessus de l’eau marron. Je leur ai demandé s’ils faisaient de bonnes prises, mais ils n’ont pas daigné répondre. Je voyais bien que je les dérangeais. Je me suis alors doutée qu’ils ne cherchaient pas à attraper des poissons, qui sont, comme chacun sait, plutôt nourris d’essence de bateau et de feuilles mortes que de têtards. Ces poissons-là, ça vous mettait le feu au ventre. Non, je suis certaine que les pêcheurs cherchaient eux aussi le temps, celui qui relie à la fois au ventre où on était bébé, et qui s’en va vers le cercueil ou un accident de voiture. Les fadas ! (comme dirait Geneviève), ils ne s’imaginent tout de même pas qu’ils vont l’attraper au bout d’une canne à pêcher, alors que moi, malgré mes efforts, je n’ai jamais pu en apercevoir ne serait-ce qu’un bout de la queue.

En tout cas, ce doit être quelque chose d’assez merveilleux, une sorte de conte de fée un peu frustrant dont on n’arrive pas bien à imaginer les personnages. Les images naissent au fur et à mesure qu’Hélène nous lit les fables de Perrault, puis disparaissent. Exactement de la même manière que le temps naît dans le calendrier, se prélasse un peu, et disparaît quand on arrache les pages usées. Adieu, dimanche, lundi, mardi, à bientôt ! Mais ce ne sera jamais plus comme avant. On les retrouve quelques jours plus tard, on s’en contente, même si parfois les jours deviennent écoeurants comme... Non. Ça ne prendra pas. Je l’ai décidé une fois pour toutes et je tiendrai bon. Je ne parlerai pas. Et je préfère encore renoncer au temps, s’il faut garder toutes ces idées présentes au fond de la nuit, les yeux grands ouverts avec les zombis qui se baladent partout.

Je ne suis coupable de rien, je refuse de m’avouer. Il y a bien assez de l’avenir pour me tourmenter. En ce moment, je ne sais pas ce que j’ai, mais ma pensée revient toujours vers des zones assez dangereuses. Il me faut arquer toutes mes forces pour résister. Et j’ai peur un jour de craquer, que ces digues qui nous séparent des autres s’effondrent en moi. Alors ce sera la catastrophe et nous verrons la terrible nudité. Tant pis pour qui n’aura pu fuir !


Aujourd’hui débute un jour fantastique : un nouvel oncle vient nous rendre visite. Nous ne l’avons jamais vu, mais je suis sûre qu’il nous plaira en nous racontant des contes de notre pays, la Martinique. A son chapeau d’osier, j’ai tout de suite deviné qu’il se prenait pour un Indien, la nostalgie plein les yeux. Maman a laissé entendre qu’il pourrait rester quelque temps avec nous. La connaissant comme on la connaît, il est certain que l’oncle va rester longtemps, pour la cuisine et la gentillesse.

Câline et moi pourrons jouer des heures dans la cour, sans craindre d’être appelées pour faire une course urgente (il manque toujours quelque chose juste quand on va passer à table). Peut-être oubliera-t-on de nous appeler pour le dîner. Rien que pour ça, ça vaut la peine de s’intéresser à l’oncle, de le mettre en confiance. Il aura moins envie de reprendre l’avion.

- Je serai très gentille avec lui, a promis Câline, c’est ma sœur, comme chacun sait. Elle a dix ans à peine, mais comme on nous prend toujours pour des jumelles, elle déclare à qui veut l’entendre qu’elle en a onze, qu’elle est même née avant moi, avec deux heures d’avance. Tout cela est faux, mais je laisse faire, l’âge n’a pas d’importance, ce qui compte c’est si l’on s’y sent bien. D’après ce que dit maman pour me rassurer, la date de notre naissance n’est pas certaine. Elle n’aime pas en parler. A cette époque, les registres d’inscription n’étaient pas aussi bien faits, dans un pays lointain comme le nôtre, il naissait beaucoup d’enfants en même temps dans un même village, on pouvait se tromper. Je n’en crois rien : les registres, chez nous aussi, ont toujours été très bien tenus par des fonctionnaires à la belle écriture. Lorsque je me compare aux filles de mon âge, je me trouve exactement pareille. Je suis un peu plus grande que la moyenne, mais Geneviève, ma meilleure amie, mesure trois centimètres de plus que moi. La maîtresse me répète souvent que si je suis physiquement précoce, mon esprit reste trop dissipé. Je ne la contredis pas, je n’aime contrarier que les gens que j’aime beaucoup. Il n’y a qu’avec ceux qu’on n’aime pas qu’on peut tout approuver, soit parce qu’ils sont méchants qu’on ne va pas se fatiguer, soit parce qu’on s’en fiche pas mal. La maîtresse, Mlle Gattinont, me dit des paroles un peu dures, dans l’espoir de me voir progresser. Pas de chance pour elle, le progrès ne m’intéresse pas, j’ai déjà assez de soucis sentimentaux.

A l’école, je n’ai plus rien à apprendre, à part me perfectionner à des exercices simples de magie avec Câline. Je n’en sais pas assez pour avoir envie d’en savoir plus. A quoi bon ? Comme maman me dit toujours, pour m’habituer à cette idée :
- Quand tu auras seize ans, tu iras vendre des fruits dans un grand magasin, des bananes et des pamplemousses, ça te rappelleras le pays, et tu pourras ramener les fruits un peu gâtés le soir. Ou, si tu te débrouilles bien, tu apprendras la coiffure. C’est un bon métier : avec la pollution, les gens ont les cheveux de plus en plus sales et tu seras toujours coquette.

Je ne la contrarie pas, elle non plus. J’aime encore moins contrarier maman que quelqu’un d’autre. Elle me le rend bien, d’ailleurs. A la vérité, depuis quelque temps, je n’aime plus les bananes, ça me serait bien égal d’en vendre mais je préférerais vendre des vêtements et devenir élégante comme Hélène. J’en ai trop mangé, des bananes, dans ma vie. Heureusement en France elles sont plus chères que les pommes, ça change. Il nous est arrivé de ne manger que ça pendant des semaines, avec des fruits à pain. Le bon temps comme dirait maman, pour qui le bon temps commence hier.

En tout cas j’ignore ce que je ferai à seize ans, mais pas coiffeuse. J’ai assez de mal à me peigner chaque jour. Ce n’est pas juste, mes cheveux sont frisés et tout emmêlés. Non, quand j’aurai seize ans, je prendrai un fiancé, comme Hélène. Un homme courageux, qui aime le travail, pas comme Bobby.

Hélène, c’est ma sœur, la plus belle femme du quartier. En voilà une au moins qui ne perd pas son temps : dès qu’elle est lasse d’un garçon, elle l’envoie balader. Comme c’est une pin-up, elle n’a pas de mal à trouver un remplaçant. Certains, dès qu’ils sentent qu’elle commence à tomber amoureuse, veulent lui donner des ourlets à faire, sans compter les gifles.

Elle ressemble aux photos qu’on voit dans les journaux très chers, pour les robes et les parfums. C’est une chouette fille, Hélène. Au fond, ce n’est pas vraiment ma sœur, parce que le monsieur qui vivait avec maman à l’époque a mal fini, mais on a le même sang généreux de maman. Chaque fois qu’elle nous voit jouer dans la cour, elle n’hésite pas à faire attendre son fiancé pour nous donner de petites plaques de Toblerone. C’est merveilleux, il y a du miel et le carton jaune, sors la barre triangulaire, arrache le papier d’aluminium, et, au moment où je le porte à ma bouche, sa voix résonne :
- Vous avez bien fait vos devoirs, au moins ?
- Oh oui !
C’est Câline qui répond, moi je ne peux pas mentir.
Hélène n’est pas dupe. Elle me prend sous le menton, m’oblige à la regarder dans les yeux :
- Et toi, Maïté, tu les as faits, tes devoirs ?
- Presque...
Je balbutie, j’ai honte, j’ai envie de lui rendre le Toblerone.
- Vous pouvez jouer cinq minutes, et ensuite apprendre vos leçons, d’accord ? Ajoute-t-elle, avec un bon sourire qui découvre des dents très fines.
Nous approuvons nous la remercions. C’est la plus gentille de la famille. Elle ne manque jamais de rien et nous en fait profiter. Elle est bien habillée, avec des pantalons qui brillent, des chemisiers très ouverts où l’on voit bien qu’elle sera capable d’être une bonne mère. Elle s’occupe beaucoup de nous, parce qu’elle a du mal à lire et ne voudrait pas qu’on lui ressemble.
Une fois, elle m’a demandé ce que je voulais faire plus tard.
- Rire beaucoup !
Elle a éclaté de rire, et j’ai ajouté :
- Et puis m’amuser, avoir des fiancés et danser tout le temps.
Là, j’ai dû dire quelque chose qui n’a pas plu, elle s’est fâché tout rouge :
- Maïté, tu es trop jeune pour parler comme ça. Danser et rire c’est très bien, mais méfie-toi des fiancés... Si quelqu’un t’entendait...
Ensemble, nous avons tourné la tête vers l’escalier, pour voir si le vieux sadique arrivait, mais il n’est pas venu, ou alors il se cachait bien. Toujours là quand il faut pas, celui-là.
- De toute façon, il ne me fait pas peur.
- Une belle enfant doit penser à ses leçons avant tout, à s’emplir la tête de savoir. C’est le plus important.
J’ai montré Câline qui, indifférente aux réprimandes, s’était éloigné de nous :
- Puis-je l’aider ?
- Oui, tu peux l’aider, dit Hélène à regret. Mail il est mauvais de s’habituer à compter sur quelqu’un. Tôt ou tard, la vie vous séparera... Dis-moi, maman m’en a parlé, tu aimerais être coiffeuse ?
J’ai fait la grimace, discrètement, en tournant la tête.
- Si tu veux, je t’inscrirai dans une école...
Je n’ai pas eu le temps de la remercier, elle avait déjà rejoint son fiancé qui s’impatientait.
Je ne sais pas ce qu’ils ont tous à me vouloir coiffeuse. On dirait qu’il n’y a que ça comme métier ! Ils ne se doutent de rien, les pauvres. Ils vont en faire une tête, bientôt !


Câline et moi restons le plus longtemps possible dans la cour, jusqu’à ce qu’il fasse bien noir. On se pose des colles, on se raconte des histoires aberrantes qui arrivent quelquefois. Câline a une imagination débordante, en plus du fluide. Voilà quinze jours elle a fait parler le grand-père de Geneviève, c’était effrayant, elle avait une grosse voix d’homme. Pourtant, il est mort depuis dix ans. Il nous a demandé de faire attention de ne pas se faire écraser par les fiacres en traversant la rue, qu’on manquait de pétrole pour s’éclairer le soir, toutes sortes de détails incroyables.  Je dois dire que ça m’a remuée et j’ai fait des cauchemars. Pendant longtemps je n’ai plus voulu qu’elle recommence. Mais voilà, on a sa nature.

Lorsqu’on en a assez d’imaginer, on va chercher une cuvette dans la loge. On la remplit au robinet à côté des toilettes dans la cour, et on se lave. J’asperge Câline, elle me mouille les cheveux, nous crions aussi fort que toutes les télés qui résonnent au-dessus de nous. Mais quand par hasard un voisin passe la tête par la fenêtre, on traverse la cour, on se tait, on se fait toutes petites. Dieu merci, l’ampoule n’est jamais remplacée. On chuchote en riant. Câline en profite toujours pour me pincer, j’essaie de la mordre, sa peau jette des éclairs mais elle m’échappe, elle est trop agile.

Dès que l’intrus s’est éloigné, on tourne le robinet au maximum et on s’arrose complètement. C’est le meilleur moment de la journée. On luit comme des chaussures neuves, on s’amuse comme des anolis. Au bout d’une demi-heure, maman ou Yolaine descend l’escalier, passe la tête dans le noir et nous appelle à voix basse.

On s’essuie à moitié dans la loge, et on monte manger la soupe. On se sent si fraîches qu si on avait la peau transparente, on verrait un jardin à travers.


Aujourd’hui donc, car il faut bien ordonner ses idées, commence un jour fantastique. L’oncle est là, au bout de la table, les deux coudes appuyés à côté de son assiette. Maman le sert le premier, l’interroge sur son voyage ; on n’ose pas lui demander le temps qu’il fait là-bas, à Fort-de-France, mais tout le monde est intrigué. Il répond par bribes, en mangeant lentement, et nous regarde avec de grands yeux tout ronds. Il a enlevé son chapeau d’osier. On le détaille mieux comme ça : c’est un bel homme trapu, qui doit être capable de porter des centaines de kilos dans ses bras. Il lui manque une dent sur le devant, mais il a quand même un beau sourire.

Ce soir, par exception, presque toute la famille est réunie : Bobby, Suzanne, Yolaine, France, Antoinette, etc. Même Hélène a trouvé le temps de venir, ce qui devient rare en ce moment.

Maman en a tant parlé ! Tout va devenir merveilleux, la vie va couler comme une rivière tranquille. Quelqu’un sera là pour réparer les prises et raboter la fenêtre qui laisse passer l’air en hiver. Maman sera moins énervée, discutera avec lui le soir et nous laissera jouer davantage. Le samedi elle ira au marché avec lui, nous resterons dans la cour ou dans le square à côté. Si ça se trouve, nous mangerons un peu plus de viande et un peu moins de riz. Moi le riz ça m’est égal, mais c’est Câline, elle ne l’aime plus. Pourtant maman est un cordon bleu : riz pilaf, riz à la créole, rizotto, riz aux oignons, riz au lait, gâteau de riz... C’est fou. Des fois, je me demande comment il se peut que nous ne soyons pas chinoises, à force. C’est ça qui m’aurait plu, être chinoise. J’aurais ouvert un restaurant et je ne me serais pas tracassée pour la cuisine. Maman aurait été chef, elle aurait préparé du boudin au caramel, du poulet à l’ananas et du serpent confit. Ç’aurait été tellement exotique que tous les Chinois du quartier seraient venus, on aurait été riches. Je me serais mariée en kimono, avec un homme champion de kung-fu. Je l’imagine, fendant l’air à toute allure, donnant des manchettes, vainqueur de Bruce Lee. Le soir, je lui aurais préparé un bifteck-frites, pour changer.
Donc le nouvel oncle est arrivé. Il s’appelle Guillaume. Hélène lui dit des choses sans intérêt, maman le couve des yeux. Les autres sont muets. Bobby fait la tête. Il doit encore penser à sa mobylette, il ne pense qu’à ça. Mon frère pourrait devenir le plus grand mécanicien du monde, s’il voulait. Mais maman a beau lui répéter de s’embaucher dans un garage, il ne veut soigner que sa mobylette, pas celle des autres. C’est un propriétaire, pas un artiste.

Maman a l’air heureux ; demain, elle aura son après-midi de libre, pour rester avec l’oncle. Il n’est pas très bavard, malgré sa grande bouche, et j’ai l’impression qu’il nous regarde d’un drôle d’air. Peut-être se demande-t-il si on le prend pour notre père ? Cela m’étonnerait : Câline et moi avons toujours su que notre père avait été victime d’un quimboiseur.

Guillaume, c’est un joli nom, qui m’a tout de suite fait penser à guimauve. Il en a un peu la consistance, et le teint brun du caramel. Je suis sûre que sa peau ne brillerait pas autant que la nôtre s’il se douchait dans la cour en pleine nuit.
On a mangé du boudin aux pommes, ce qui m’a fait penser au printemps prochain, je ne sais pourquoi. Comme dessert on a eu des bananes flambées. Après le repas, Câline et moi sommes redescendues dans la loge. C’est ici qu’on habite la plupart du temps, c’est notre appartement privé. Avant toute la famille y vivait, mais ce n’était plus possible, on nous a donné un plus grand appartement avec environ trois pièces, plus la chambre d’Hélène.

Dans la loge s’entassent tous les jouets qu’on trouve, de vieilles planches et des boîtes de toutes sortes. On les garde empilés jusqu’à ce qu’ils ne nous plaisent plus. Ensuite seulement on les sort dans la cour et on commence à s’en servir. Câline trouve cela absurde, mais elle est jeune. On ne va quand même pas gaspiller des jouets qu’on aime en les traînant dans la boue et en leur faisant toutes sortes de misères.
Il ne viendrait à personne l’idée de ramper en costume du dimanche, non ?
Parfois, maman nous donne un ananas entier pour toutes les deux, on le suce au lit. J’adore grignoter près de l’écorce, cela fait mal aux dents, c’est acide et très bon. La vie est belle.

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